Quaero

Quæro — «je cherche» en latin — est un programme de recherche et d'innovation conçu pour développer des «outils intégrés de gestion des contenus multimédias», dont des extensions multimédias pour des moteurs de recherche de nouvelle génération...



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Quæro (ou Quæro en tenant compte de la ligature «æ») — «je cherche» en latin — est un programme de recherche et d'innovation conçu pour développer des «outils intégrés de gestion des contenus multimédias», dont des extensions multimédias pour des moteurs de recherche de nouvelle génération qui permettront de rechercher par le contenu non seulement du texte, mais également des images, du son et de la vidéo. Initié par la France et soutenu par OSEO, le programme inclut une participation allemande.

Son lancement a bénéficié de la volonté politique de relancer de grands programmes d'innovation industrielle et de réagir face à la montée en puissance des moteurs de recherche américains comme Google ou Yahoo!. Il a été rapporté dans la presse que son but était de créer un nouveau moteur de toute pièces[1]. Selon l'INRIA, le projet s'appuie en réalité sur des technologies existantes, dont celles d'Exalead et de France Telecom qui participent au programme, et vise à les étendre. Il s'agit d'une façon plus générale de développer la recherche française en matière de recherche d'information multimédia, en coordonnant les efforts, en organisant le transfert technologique et en mutualisant les infrastructures de recherche. Le nom Quæro n'a pas pour but de devenir une marque commerciale pour des produits : il ne s'agit que du nom du programme, et les outils développés ne porteront pas obligatoirement ce nom.

Objectifs et moyens

Le programme Quæro vise à développer des technologies de traitement automatique des contenus multimédia et multilingues permettant d'offrir de nouveaux produits et services au grand public comme aux professionnels. Les principaux secteurs visés sont :

Pour atteindre ces objectifs, le programme s'appuye sur un consortium d'une vingtaine de partenaires et sur une aide d'environ 100 M€. Cette aide, apportée par l'agence de financement OSEO, est répartie sur 5 ans et entre les membres du consortium. Ces membres apportent au programme leur expérience dans le développement et la valorisation de technologies. Ils contribuent aussi par leurs moyens propres pour un montant équivalent à l'aide, ce qui conduit à un budget total d'environ 200 M€.

Le programme met en œuvre une stratégie de développement de hautes technologies fondées sur l'apprentissage automatique. Ces technologies permettent de généraliser à partir d'exemples pour traiter une très grande variété de contenus.

Organismes collaborant au programme

Le programme regroupe de grandes entreprises comme Thomson, avec ses filiales allemandes Thomson-Brandt GmbH et Grass Valley Germany GmbH, et France Telecom, des sociétés de taille moyenne comme Jouve et Bertin Technologies, mais aussi des PME comme Exalead, Vecsys, Vecsys Research, Synapse Développement et LTU Technologies.

Ces entreprises privées travaillent en partenariat avec des acteurs de la recherche publique tel le LIMSI-CNRS, qui coordonne les laboratoires publics, l'Inria, l'Université technique de Rhénanie-Westphalie à Aix-la-Chapelle, l'Université de Karlsruhe, l'Ircam, l'université Joseph-Fourier de Grenoble (CLIPS-IMAG), l'Irit, l'ENST, le LIPN de l'Université Paris 13 ou encore le groupe MIG de l'Inra.

La DGA et le Laboratoire national de métrologie et d'essais (LNE) participent quant à eux à l'évaluation des développements technologiques.

Le contenu sera surtout apporté par l'INA, la BnF et l'Inist.

Il est prévu que d'autres organismes européens rejoignent le consortium au cours de la durée du programme.

Genèse

Le programme a été conçu pour répondre aux besoins croissant de technologies de traitement des contenus multilingues et multimédia, en s'appuyant sur les progrès rapides dans ce domaine. Il a été initié dans le cadre des travaux du groupe de travail franco-allemand «coopération économique», installé par les ministres de l'économie allemand et français le 26 octobre 2004, et surtout du sous-groupe «recherche et innovation». Il a été annoncé[2] par le Président de la République française Jacques Chirac à l'occasion du Ve Conseil des ministres franco-allemand qui s'est tenu à l'Élysée le 26 avril 2005.

La proposition détaillée a été soumise début 2006 à l'AII, qui l'a retenue pour financement après analyse de sa pertinence scientifique et industrielle par des experts indépendants. Le 25 avril 2006, Chirac a renouvelé son soutien au projet en le présentant[3] comme un des cinq premiers PMII (programmes mobilisateurs pour l'innovation industrielle) officiellement soutenus par l'AII, qui inventeront «les produits de demain».

Toujours en 2006, l'Allemagne a souhaité faire évoluer ses priorités. Deutsche Telekom, qui faisait originellement partie des partenaires du côté allemand, a annoncé en janvier 2006 son retrait partiel du projet, ne souhaitant plus assurer qu'un rôle d'«observateur»[4]. D'autres organismes allemands ont souhaité participer au programme en le réorientant vers la thématique du web sémantique et de la gestion des connaissances d'une manière incompatible avec les choix antérieurs. Ceci a conduit à une réorganisation en deux parties autonomes : la partie soutenue par l'AII, incluant les partenaires français et allemands à l'origine du programme et conservant le nom Quæro, et la partie soutenue par le BMWi, incluant les autres partenaires allemands et rebaptisée Theseus. Cette organisation a été annoncée fin décembre 2006 par le gouvernement allemand et l'AII[5][6].

En 2007, le dossier a été notifié à la Commission européenne pour analyse sous l'angle économique par sa Direction générale de la concurrence. Celle-ci a donné son accord au financement du programme le 11 mars 2008[7][8], marquant ainsi le lancement définitif du programme pour une durée de 5 ans.

Résultats

Les premiers résultats accessibles au grand public ont été annoncés par la société Exalead en mars 2009[9]. Trois démonstrations ont été mises en ligne sur les Labs d'Exalead : Miiget et Wikifier, et Voxalead, un moteur de recherche audio intégrant les technologies du LIMSI-CNRS et capable de comprendre 6 langues[10].

D'autres résultats sont attendus tout au long du programme, qui dure jusqu'en 2013.

Critiques et incompréhensions

Le journal satirique français Le Canard enchaîné a estimé que le budget du projet est ridicule comparé à celui de Microsoft ou de Google. En pratique, le projet vient fédérer et renforcer des structures de recherche existantes au sein des organismes collaborant au programme[11], et devrait être comparé à des projets spécifiques de Microsoft ou de Google plutôt qu'à leur budget total de recherche.

Les critiques ont été spécifiquement virulentes outre-manche : Dans le Guardian, qui reprend les critiques du Canard enchaîné, un dirigeant d'entreprise britannique du monde des moteurs de recherche est cité pour avoir écrit au journal en qualifiant le plan de «a blatant case of misguided and unnecessary nationalism» («un cas flagrant de nationalisme malencontreux et inutile») [12]. L'article est d'une façon plus générale critique envers le président Chirac, lui attribuant d'être plus intéressé par la défense d'une certaine vanité française, francophone et européenne, que par l'avancement global de l'Internet.

D'après l'INRIA, cependant, ces critiques résultent en partie d'une incompréhension du projet, ce dernier n'ayant aucune vocation à devenir un moteur de recherche Européen, mais bien un projet de recherche conçu pour fédérer universitaires, industriels et PME pour le développement d'outils en recherche d'information multimédia[13].

Voir aussi

Notes et références

  1. Quæro, le futur Google européen ?, La Libre Belgique, 2 février 2006.
  2. Discours de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, lors du 50e anniversaire de la Chambre franco-allemande de commerce et d'industrie, Palais de l'Élysée, Paris, le mardi 26 avril 2005.
  3. Discours de M. Jacques CHIRAC, Président de la République, à l'occasion de la présentation des actions de l'Agence de l'innovation industrielle (AII) , Palais de l'Élysée, Paris, le mardi 25 avril 2006.
  4. (de) Deutsche Telekom macht bei Quæro nicht mehr mit, 27 janvier 2006, selon une nouvelle de Süddeutsche Zeitung.
  5. La France fera Quæro dans son coin, 20 minutes, 22 décembre 2006.
  6. (en) Germany quits search engine project, article de l'International Herald Tribune du 2 janvier 2007.
  7. Aides d'État : La Commission autorise une aide de la France de 99 millions d'euros en faveur du programme de R&D «QUÆRO», site de la Commission européenne.
  8. 99 millions d'euros de subvention pour Quæro, journaldunet. com, 12 mars 2008.
  9. (en) Exalead Showcases How Disparate Sources of Information Can Be Mashed Together
  10. (en) Voxalead : search inside videos
  11. Présentation du programme Quæro
  12. (en) Chirac unveils his grand plan to restore French pride, The Guardian, Angelique Chrisafis, 26 avril 2006
  13. Pourquoi Quæro n'est pas Google, Lettre d'information n°2 de l'INRIA, Interview de Patrick Gros.

Liens externes

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