Hypothèse ergodique

L'hypothèse ergodique, ou hypothèse d'ergodicité, est une hypothèse principale de la physique statistique. Elle fut formulée originellement par Ludwig Boltzmann en 1871 pour les besoins de sa théorie cinétique des gaz.



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Physique statistique - Théorie du signal

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  • Définitions de hypothèse d'ergodicité, synonymes, antonymes, dérivés de hypothèse d'ergodicité, dictionnaire analogique de hypothèse d'ergodicité (français) (source : dictionnaire.sensagent)

L'hypothèse ergodique, ou hypothèse d'ergodicité, est une hypothèse principale de la physique statistique. Elle fut formulée originellement par Ludwig Boltzmann en 1871 pour les besoins de sa théorie cinétique des gaz. Elle s'appliquait alors aux dispositifs composés d'un particulièrement grand nombre de particules, et affirmait qu'à l'équilibre, la valeur moyenne d'une grandeur calculée de manière statistique est égale à la moyenne d'un particulièrement grand nombre de mesures prises dans le temps. La première valeur est celle que sert à calculer la physique statistique, la seconde est proche de ce qu'on peut expérimentalement mesurer. L'hypothèse ergodique est par conséquent principale pour un bon rapprochement entre la théorie et l'expérience.

Un dispositif pour lequel l'hypothèse ergodique est vérifiée sera qualifié de système ergodique. Dans la majorité des cas, il est particulièrement complexe de démontrer rigoureusement si un dispositif est ergodique ou non. L'analyse mathématique de ce problème a donné naissance à la théorie ergodique qui précise la nature mathématique de l'hypothèse et donne des résultats sur ses conditions de validité. Mais l'hypothèse ergodique reste fréquemment une simple hypothèse, jugée vraisemblable a posteriori lorsqu'elle sert à faire des prédictions correctes. En ce sens, elle forme un point faible de la physique statistique.

L'hypothèse d'ergodicité intervient aussi en traitement du signal, où elle consiste à admettre que l'évolution d'un signal aléatoire au cours du temps apporte la même information qu'un ensemble de réalisations. Elle est importante dans l'étude des chaînes de Markov, les processus stationnaires et pour l'apprentissage numérique.

Approche intuitive de l'hypothèse ergodique

Historique

L'hypothèse ergodique est née avec la théorie cinétique des gaz et la physique statistique dans la seconde moitié du XIXe siècle. Elle fut formulée originellement par Ludwig Boltzmann en 1871[1], mais aussi par Maxwell[2].

Le nom «hypothèse ergodique» ne fut introduit qu'en 1911 par les époux Ehrenfest dans leur célèbre article de revue sur les fondements de la physique statistique (cf. bibliographie). Il est construit à partir des termes grecs εργος, qui veut dire «énergie», et οδος, pour «chemin». Boltzmann utilisait pour sa part dès 1884 un mot voisin, «ergoden», mais il donnait à ce mot un sens assez différent[3].

Formalisation mathématique de l'hypothèse

Représentation d'un dispositif dans l'espace des phases

Soit un dispositif à N degrés de liberté décrits à l'instant t par :

À chaque instant, les 2N coordonnées (qi (t), pj (t) ) définissent un point x (t) dans l'espace des phases, qui représente l'état du dispositif à cet instant t.

On considère de plus que le dispositif est à l'équilibre, c'est-à-dire que ses propriétés sont invariantes dans le temps. Un tel dispositif satisfait toujours à la conservation de l'énergie qui s'écrit :

 \forall \ t, \quad H(qˆi(t),p_j(t)) \ = \ E

de telle sorte que sa dynamique est en fait toujours restreinte à une hypersurface S_E \subset \Gamma à 2N − 1 dimensions. On supposera dans la suite que le dispositif hamiltonien reconnu est invariant par translation dans le temps et qu'il ne possède pas d'autre constante du mouvement que l'énergie. [4]

Évolution du dispositif, flot hamiltonien

L'évolution dynamique du dispositif selon les équations canoniques de Hamilton à partir d'une condition d'origine  x_0 \ = \ (qˆi_0,p_{j0}) génère le flot hamiltonien \phi_t : \Gamma  \to \Gamma , c'est-à-dire le groupe continu à un paramètre tel que :

 x(t) \ = \ \phi_t(x_0)

La succession des positions x (t) dans l'espace des phases se traduit par une courbe continue, nommée orbite.

Grandeurs mesurables et valeurs moyennes

A une grandeur physique mesurable correspond une fonction sur l'espace des phases qui à chaque point, correspondant à un état du dispositif, associe une valeur. On notera f cette fonction. Il existe deux valeurs moyennes différentes pour cette grandeur. On peut faire une moyenne temporelle en faisant la moyenne d'une série de mesures effectuées sur un temps suffisamment long. Mathématiquement on la représente par la limite (si elle existe)  :

 \overline{f(x_0)} \ = \ \lim_{n \rightarrow + \infty} \ \frac{1}{n} \ \sum_{k=0}ˆ{n-1} \ f \left( \phiˆk (x_0) \right)

Cette valeur moyenne dépend a priori de la condition d'origine x0.

On peut aussi définir la moyenne d'ensemble de f, ou moyenne microcanonique, par :

 \langle \ f \ \rangle \ = \ \frac{1}{\mu(X)} \ \int_X f\,d\mu

La moyenne spatiale et la moyenne temporelle n'ont a priori pas de raison d'être identiques. L'hypothèse ergodique consiste à supposer qu'elles le sont .

Le théorème ergodique de Birkhoff

L'évolution du dispositif dans le temps est déterminé par le flot hamiltonien, c'est-à-dire l'application φ. Cette application sera dite ergodique pour une mesure donnée si et uniquement si tout ensemble mesurable invariant sous φ est de mesure nulle, ou de complémentaire de mesure nulle.

Le théorème de Birkhoff montre tandis que quand l'application φ est ergodique, moyenne spatiale et moyenne temporelle sont effectivement identiques presque partout.

Les hypothèses ergodiques forte et faible

Le théorème de Birkhoff présenté ci-dessus sert à formuler l'hypothèse ergodique non plus comme une égalité de moyenne, mais suivant les propriétés du flot hamiltonien φ, c'est-à-dire de l'évolution du point représentatif du dispositif dans l'espace des phases.

On peut alors distinguer deux hypothèses ergodiques différentes :

Un dispositif hamiltonien invariant par translation dans le temps sera dit ergodique au sens fort si le point représentatif de ce dispositif passe au cours du temps par chaque point de l'hypersurface d'énergie constante.

Un dispositif hamiltonien invariant par translation dans le temps sera dit ergodique au sens faible si le point représentatif de ce dispositif passe au cours du temps aussi près qu'on veut de chaque point de l'hypersurface d'énergie constante.

Boltzmann et Maxwell utilisèrent dans leurs travaux les deux énoncés de façon indifférenciée[5]. La non-équivalence mathématique des deux hypothèses ergodiques précédentes n'a été reconnue explicitement qu'en 1910 par Paul Hertz[6].

Conditions de validité de l'hypothèse ergodique

Le théorème «no-go» de Plancherel & Rosenthal (1912-1913)

Utilisant les progrès récents réalisés en mathématiques dans le cadre de la théorie des ensembles de Cantor d'une part, et de la théorie de la mesure de Lebesgue d'autre part, les deux mathématiciens Plancherel et Rosenthal ont démontré indépendamment le théorème suivant[7] :

Un flot hamiltonien ne peut pas être ergodique (au sens fort).

En revanche, il a été démontré depuis que certains dispositifs pouvaient être ergodiques au sens faible ; cf. l'article théorie ergodique.

Au fondement de la mécanique statistique ?

En dépit des importants progrès réalisés en théorie ergodique et en théorie du chaos, l'utilisation de l'hypothèse ergodique pour justifier l'utilisation de la totalité microcanonique en mécanique statistique reste à ce jour controversée [8].

Notes et références

  1. Ludwig Boltzmann ; K. Akademie der Wissenschaften (Wien) 63 (1871) 679.
  2. James Clerk Maxwell ; Transaction of the Cambridge Philosophical Society 12 (1879) 547.
  3. Ludwig Boltzmann ; K. Akademie der Wissenschaften (Wien) 90 (1884) 231. Pour plus de précisions sur ce point, on consultera le chapitre 10.10 du livre de Stephen G. Brush cité dans la bibliographie.
  4. Cette dernière hypothèse implique qu'il ne peut pas s'agir d'un dispositif isolé. En effet, tout dispositif isolé possède :
    • une quantité de mouvement totale constante
    • un moment cinétique total constant
    Ces deux constantes du mouvement vectorielles sont équivalentes à six constantes du mouvement scalaires. Un dispositif isolé possède par conséquent a priori sept constantes du mouvement.
  5. Pour plus de précisions, on consultera le chapitre 10.10 du livre de Stephen G. Brush cité dans la bibliographie.
  6. (de) Paul Hertz, «Über der Thermodynamischen Grundlagen der Thermodynamik», dans Annalen der Physik, vol.  33, 1910, p.  225-274 et 537-552 [texte intégral]
  7. Michel Plancherel ; Archives des Sciences Physiques & Naturelles (Genève) 33 (1912) 254. Michel Plancherel, «Beweis des Unmöglichkeit ergodischer mechanischer Systeme», dans Annalen der Physik, vol.  42, 1913, p.  1061 [texte intégral]. A. Rosenthal, «Beweis des Unmöglichkeit ergodischer Gassysteme», dans Annalen der Physik, vol.  42, 1913, p.  796 [texte intégral]. Une traduction en anglais de ces articles se trouve dans : Stephen G. Brush, «Milestones in mathematical physics - Proof of the impossibility of ergodic systems : the 1913 papers of Rosenthal and Plancherel. », dans Transport Theory & Statistical Physics, vol.  1, 1973, p.  287-298 [texte intégral].
  8. Lire par exemple :
    • George W. Mackey ; Ergodic Theory and its Significance for Statistical Mechanics and Probability Theory, Advances in Mathematics 12 (2) (1974), 178-268.
    • Oliver Penrose ; Foundations of Statistical Mechanics, Report on Progress in Physics 42 (1979), 1937.
    • Domokos Szasz ; Botzmann's ergodic hypothesis, a conjecture for centuries ?, Studia Scientiarium Mathematicarum Hungarica (Budapest ) 31 (1996) 299-322. Texte au format Postscript.

Voir aussi

Bibliographie



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